Une semaine après la clôture de l’Oslo Freedom Forum 2026, il est temps de revenir sur ce que cet événement dit, autant par ce qu’il montre que par ce qu’il laisse en suspens, sur l’état du mouvement mondial pour la liberté et la démocratie.
Cette édition a confirmé ce qui fait la force singulière du forum : une diversité géographique remarquable, couvrant des dynamiques asiatiques, latino-américaines, africaines et européennes. Peu d’espaces dans le monde permettent de connecter, en quelques jours, autant de leaders de société civile issus de contextes aussi différents. C’est là une contribution réelle à la construction d’un réseau international de freedom fighters.
Fondemos en retient toutefois quelques observations.
La première concerne l’angle politique dominant. Plusieurs interventions ont présenté l’engagement américain comme levier central de réponse aux crises démocratiques. Cette lecture, bien que légitime dans certains contextes, mérite d’être nuancée : un mouvement démocratique mondial ne peut reposer sur une seule grammaire géopolitique, au même titre qu’une démocratie, par définition, ne peut reposer sur un seul acteur.
La deuxième touche à la ligne idéologique. L’audience de l’OFF a toujours été attachée aux libertés politiques fondamentales. L’intervention de Pavel Durov a cependant fait glisser cette tradition libérale vers un registre libertarien, une nuance qui n’est pas sans conséquence sur le cadre de pensée collectif.
La troisième, enfin, porte sur les priorités thématiques. L’accent mis sur l’IA et la cryptomonnaie comme outils d’émancipation démocratique soulève une question de fond : dans des contextes où l’internet est coupé, où manifester est déjà un acte à haut risque, où la priorité est de communiquer et de se protéger, ces outils sont-ils réellement les plus urgents ? Une telle insistance ne verse-t-elle pas dans le technosolutionnisme ?
Malgré nos efforts collectifs, la démocratie continue à reculer dans le monde. L’Oslo Freedom Forum reste un espace rare et précieux. C’est précisément parce qu’il compte que la question mérite d’être posée : les moyens que nous privilégions collectivement sont-ils suffisamment au service des objectifs que nous partageons ?