L’Union européenne est sur le point de décider de la manière dont elle consacrera 200 milliards d’euros au reste du monde entre 2028 et 2034. Or, la façon dont ces fonds seront dépensés risque d’affaiblir discrètement son soutien à la démocratie, à l’espace civique et à la prévention des conflits.
Une nouvelle analyse sous forme de questions-réponses du Crisis Group, rédigée par Lisa Musiol et Dylan Macchiarini Crosson, met en lumière ce risque avec précision. Fondemos partage cette analyse.
La proposition de la Commission européenne vise à fusionner la quasi-totalité des financements extérieurs (aide au développement, aide humanitaire, assistance macrofinancière, investissements, soutien à la paix et à la prévention des conflits) au sein d’un instrument unique, le « Global Europe Instrument ». Elle supprimerait également plusieurs objectifs de dépenses contraignants qui protégeaient jusqu’à présent certaines priorités stratégiques.
L’objectif recherché, à savoir davantage de flexibilité dans un contexte international de plus en plus instable ; est légitime. Mais une flexibilité dépourvue de garanties produit un effet prévisible : les actions spécialisées de long terme visant à prévenir les conflits, protéger les défenseurs des droits et soutenir une société civile et des médias indépendants risquent d’être reléguées au second plan au profit de dépenses plus visibles et guidées par des intérêts immédiats.
Notre position est simple et concrète : ces financements doivent rester prévisibles et être protégés par des enveloppes dédiées. Préserver l’espace civique et soutenir les acteurs démocratiques dans les contextes fragiles, du Cameroun au Myanmar, est l’un des principaux critères sur lesquels se joue la crédibilité de l’Union européenne en tant qu’acteur mondial fondé sur des valeurs.