Points clés
- 01 La démocratie n'est pas un événement, c'est une pratique quotidienne.
- 02 Éducation civique, dialogue, mobilisation pacifique : les citoyens donnent vie à la loi.
- 03 L'activiste de demain a de nombreux visages, unis par un seul refus : l'indifférence.
Tournons La Page Burundi est un mouvement citoyen qui porte une idée simple mais exigeante : la démocratie ne doit pas être un événement, elle doit être une pratique quotidienne. Concrètement, cela signifie redonner aux citoyens la conviction qu'ils ont une voix, et que cette voix compte.
Je coordonne les activités de TLP Burundi, participe aux stratégies de plaidoyer et travaille avec des acteurs de la société civile. Mais mon rôle est souvent celui d'un passeur : entre les droits et les citoyens, entre les textes et la réalité, entre les jeunes qui veulent agir et les espaces où leur voix peut être entendue.
Je ne crois pas aux transformations immédiates. Je crois aux prises de conscience. Le changement commence souvent par une conversation, une formation, une question posée au bon moment. Nous misons sur l'éducation civique, le dialogue et la mobilisation pacifique.
« La loi seule ne change pas une société. Ce sont les citoyens qui, en comprenant leurs droits, finissent par lui donner vie. »
Il n'y a pas eu un événement isolé, mais des expériences qui ne s'oublient pas. A la fin des années 80, un voisin haut gradé dans l'armée a voulu spolier notre terre. La justice a tenu bon, grâce au courage de mon père qui a affronté cette personne pendant plus de 15 ans. Au Burundi, j'ai été confronté très tôt à des détentions arbitraires et à des violations des droits fondamentaux. J'ai vu des personnes disparaître du système judiciaire, parfois pour ne jamais réapparaître. En tant que juriste, cette tension entre ce que dit la loi et ce que vivent les gens m'a rendu impossible de rester spectateur.
Parce que la liberté politique est ce qui permet à une société de se parler à elle-même sans peur. Sans elle, les décisions descendent. Avec elle, elles se construisent. Elle permet de contester, de proposer, de corriger, de rêver. Une société qui la perd finit toujours par perdre bien plus.
L'activiste démocratique de demain n'aura pas un seul visage. Ce sera peut-être une étudiante qui organise des débats, un journaliste qui pose encore les bonnes questions, un avocat qui refuse de banaliser l'injustice, ou un jeune qui choisit d'informer plutôt que de diviser. Quelqu'un qui refuse simplement l'indifférence. Et si je regarde la jeunesse africaine aujourd'hui, je vois une génération qui n'a pas renoncé à vouloir mieux.
POINTS DE VUE INSPIRANTS PAR INNOCENT MWUMViKANO / Interviewé(e) par Fondemos.
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