SÉNÉGAL : LE MOUVEMENT « Y’EN A MARRE »
Mars 2026
Anatomy of a protest
DAKAR, LA COLÈRE AU QUOTIDIEN
Au début des années 2010, le Sénégal a traversé une grave crise sociale. Délestages à répétition, cherté de la vie, chômage des jeunes, soupçons de corruption et sentiment d’un État capturé par des logiques de clientélisme et d’impunité ont progressivement conduit la population à l’exaspération.
Dans ce contexte, le ras-le-bol n’est plus individuel : il est devenu une humeur collective – « La coupe est pleine : y’en a marre ».
« Y’EN A MARRE », D’UN CRI À UNE MACHINE CITOYENNE
« C’est un cri de ras-le-bol certes, mais c’est aussi une organisation qui réveille les gens et qui va vers l’avant », résume le journaliste et activiste Fadel Barro, co-fondateur de Y’en a marre (YAM) aux côtés des rappeurs Thiat et Kilifeu, lorsque le mouvement s’est structuré en janvier 2011.
YAM a entendu transformer une colère sociale diffuse en discipline collective, en misant sur la conscientisation, la mobilisation des jeunes et la pression publique. Son cap est explicite : démocratie, bonne gouvernance et engagement civique au Sénégal.
LE RAP COMME MÉGAPHONE
YAM a fait du rap une infrastructure d’action collective : en 2011, des hymnes accompagnaient les temps forts de la mobilisation, les concerts se prolongeaient par des débats, et les prises de parole des rappeurs installaient un récit civique en continu. Cette stratégie fédère et rend la politique lisible.
Dans le prolongement de cette séquence, le 25 mars 2012, le chef de file de l’opposition Macky Sall a été élu président de la République, marquant une alternance dans un contexte où la vigilance citoyenne s’est durablement renforcée.
DÉMOCRATIE, TRANSPARENCE ET PARTICIPATION
Y’en a marre revendique une continuité avec son manifeste du Nouveau Type de Sénégalais (NTS), lancé à l’époque comme une boussole : promouvoir une citoyenneté fondée sur la justice, l’équité et le progrès social.
Dans cette logique, le mouvement se présente comme un acteur d’engagement civique et de bonne gouvernance, structuré autour de projets comme Dox ak Sa Gox (participation et contrôle citoyen), Citizen Mic (expression et leadership via cultures urbaines), La Télé Citoyenne (média citoyen) et Karibu (espaces d’accueil et de formation).
LA GEN-Z S’EMPARE DU MOUVEMENT
Fadel Barro analyse les mouvements Gen-Z de 2025 comme une résurgence des premières mobilisations yenamarristes . Cependant, il met en garde quant au caractère désorganisé du mouvement et invite la Gen-Z à « désigner un groupe leader pour porter les multiples revendications des jeunesses africaines ».
Le mouvement doit être incarné afin de générer d’autres types de leadership : sans quoi il n’avance pas, et les mêmes pratiques népotiques et clientélistes refont surface en continue.




