NOBEL 2025 : LA DÉMOCRATIE OU LA SOUVERAINETÉ ?
Décembre 2025
Editos/Regard de Fondemos
REGARD DE FONDEMOS
On s’attendait presque à voir Donald Trump monter sur scène à Oslo, c’est finalement María Corina Machado qui recevra, ce 10 décembre 2025, le prix Nobel de la paix.
Ingénieure devenue militante civique, cofondatrice de Súmate (Rejoins nous), députée d’opposition puis fondatrice de Vente Venezuela (Viens Venezuela), elle a choisi la voie ingrate de la reconquête par les urnes dans un pays d’élections de façade.
Brimades, poursuites, brève détention en janvier 2025 : elle incarne une constance rare dans un contexte de répression de masse et d’exil de millions de Vénézuéliens.
Le Nobel récompense d’abord ce courage. Mais il consacre aussi une stratégie : portée par sa victoire à la primaire unitaire, frappée d’inéligibilité, Machado avait pris l’initiative de céder l’affiche à Corina Yoris puis à Edmundo González, pour préserver la voie électorale, limiter l’éclatement d’une opposition déjà fragmentée et élargir la coalition. Son camp s’est ensuite employé à documenter, procès-verbaux et données à l’appui, l’absence de crédibilité des élections (grâce notamment à des scanners et antennes starlink acheminés clandestinement dans le pays).
Ce combat se joue pourtant dans un paysage géopolitique saturé. S’il est des alliances qui ne semblent pas annoncer de construction démocratique durable, qui pourrait la blâmer de tirer parti des avances d’un voisin aussi gigantesque que menaçant, et d’attraper la seule main qui lui est tendue ? Il faut dire qu’elle a assumé publiquement son soutien aux sanctions et aux pressions américaines contre le régime, présentées comme un moyen de défendre le « peuple vénézuélien » face à une « organisation délinquante ».
Ce soutien divise déjà l’opposition et nourrit la rhétorique du régime, tandis que la Maison-Blanche, contrariée de voir Trump privé de Nobel, accuse le comité de préférer la « politique » à la « paix ».
On mesure à quel point le destin démocratique du Venezuela reste otage des agendas des autres. La démocratie s’éprouve à la capacité d’une société à décider pour elle-même. Jusqu’où ce pouvoir peut-il être soutenu par des puissances étrangères sans se vider de sa substance ? Les coups d’État fabriqués par la CIA n’ont jamais légitimé les régimes qu’ils prétendaient sauver, ils ont servi des intérêts.
Le Nobel rendu à Machado soutient le combat démocratique vénézuélien ; il rappelle aussi l’urgence d’une transition où l’appui extérieur reste un levier, pas une tutelle, et où la souveraineté du peuple redevient le cœur du projet démocratique.





