Le dimanche 12 octobre 2025, le président malgache Andry Rajoelina a été exfiltré par un avion militaire français. Ce n’est pas une note de bas de page, mais l’aboutissement d’un pilier coercitif qui a cessé d’en être un.
Le samedi 11 octobre 2025, le Corps d’Administration des Personnels et Services de l’Armée de Terre (CAPSAT) a refusé d’obéir aux ordres et a escorté des manifestants jusqu’à la place du 13-Mai, transformant cette place de la mémoire démocratique en poste de commandement de la journée.

Une partie de l’armée et de la gendarmerie s’est mise en retrait ; les loyautés se sont brouillées entre les casernes de Soanierana et la place ; la présidence a perdu le contrôle de la rue et d’une partie de ses rangs.
Les forces de sécurité sont des acteurs charnières : elles peuvent transformer une protestation en transition, ou en vide propice aux prédateurs. Le choix pour les officiers n’est pas entre « politique ou neutralité », mais quel public protéger : une présidence assiégée, ou des citoyens réclamant de l’eau, de l’électricité, de la dignité.
Cette rupture a créé un espace de respiration sans scénario de junte ; il ne doit pas être bradé à des réseaux anciens en quête d’un atterrissage en douceur.
Les priorités sont claires : supervision civile et discipline, protection de l’autonomie des mouvements, et verrouillage des non-négociables (vérité, police indépendante, élections crédibles) avant toute poignée de main.
Pour que les refus de tirer deviennent une routine, il est essentiel d’investir dans la formation des officiers, en y plaçant au centre l’éthique républicaine et le devoir de désobéir aux ordres illégaux, dans l’esprit de la tradition de Saint-Louis (Sénégal), où les cadets apprennent l’allégeance aux institutions et au droit autant que l’art de la guerre.
Quand les forces censées contraindre refusent de se plier, une fenêtre s’ouvre ; savoir si elle mène à une transition démocratique dépend de qui la sécurise, et pour qui.





