« LE VENT SE LÈVE ! … IL FAUT TENTER DE VIVRE ! »

Octobre 2025

« Le vent se lève ! … il faut tenter de vivre ! »

Octobre 2025

Editos/Regard de Fondemos

REGARD DE FONDEMOS

Ce à quoi le monde assiste aujourd’hui, c’est un soulèvement mené par la jeunesse, qui reconfigure silencieusement les rapports de pouvoir en Asie et au-delà.

Le vent a soufflé au Sri Lanka, au Bangladesh, au Népal, en Indonésie et aux Philippines : ces épisodes diffèrent par leur contexte, mais un schéma commun se dégage : une mobilisation menée par les jeunes, une organisation en réseau et un refus d’accepter l’impunité.

Les symboles voyagent aussi vite que les revendications : le salut à trois doigts et le pirate au chapeau de paille sont des mèmes qui mobilisent autant qu’ils communiquent. Il en va de même pour la méthode. Les mouvements peuvent être sans leader jusqu’à ce qu’un leadership devienne nécessaire, alors, des figures émergent avec clarté. Au Bangladesh, Muhammad Yunus s’est imposé comme une évidence, et au Népal, le nom de Sushila Karki s’est rapidement consolidé sur Discord.

Ce qui unit le mouvement de la Gen-Z, ce sont à la fois des normes (exigences de réactivité et de transparence face à la corruption endémique des élites népotistes) et un style (un langage visuel commun qui mobilise au-delà des frontières).

S’il y a de l’espoir dans ce « printemps asiatique », il réside non seulement dans la mobilisation, mais aussi dans ce qui suit : la construction d’une démocratie juste. En cela, trois étapes peuvent aider à transformer la rupture en renouveau :
Premièrement, limiter le népotisme par des règles applicables et une véritable réforme des partis, afin que les fonctions soient obtenues par le mérite plutôt qu’héritées. Deuxièmement, instaurer des budgets transparents et une justice crédible pour les victimes, c’est-à-dire des mécanismes permettant aux citoyens de demander des comptes au pouvoir. Troisièmement, ancrer la participation des jeunes au-delà des conseils symboliques, en leur attribuant des rôles définis au sein des conseils de transition.

Ce n’est qu’à travers ces pratiques qu’une véritable démocratie fonctionnelle peut s’enraciner, une démocratie où les gouvernés peuvent contrôler ceux qui gouvernent. Elle dépasse le simple acte de voter : elle repose sur un triangle équilibré entre élites, citoyens et institutions, chacun exerçant un contrôle sur les autres. Elle permet, en fin de compte, de réduire la pauvreté et de diminuer les inégalités.

 

« Nous sommes la jeunesse, nous ne sommes pas des parasites »
Casablanca, Maroc, crie des Manifestants, Le Monde.

 

Le modèle s’étend désormais au-delà de ses premiers épicentres. Le même répertoire est visible à Madagascar, au Maroc et au Pérou.

Ce qui avait commencé comme une prise de conscience régionale, façonnée plus tôt par le Mouvement des Parapluies de Hong Kong en 2014 (même si ce n’était pas la génération Z, il s’agissait d’une mobilisation menée par la jeunesse) et par la Révolution de Printemps du Myanmar en 2021, dont les jeunes ont depuis été réduits au silence, se transforme en un test plus large : les gouvernements peuvent-ils répondre aux exigences d’une génération montante par des réformes réelles, mesurables et partagées ?

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