ÉLECTIONS PRÉSIDENTIELLES AU CAMEROUN : UN VERDICT COURU D’AVANCE
Octobre 2025
Editos/Regard de Fondemos
REGARD DE FONDEMOS
Le résultat de l’élection présidentielle au Cameroun n’a surpris personne. Après deux semaines d’attente fébrile, marquées notamment par les revendications d’Issa Tchiroma Bakary, le Conseil constitutionnel a proclamé la « victoire » de Paul Biya, au pouvoir sans discontinuer depuis 1982.
Le scrutin était écrit d’avance, comme tant d’autres avant lui. Lorsque les urnes ne suscitent aucun suspense, le véritable défi consiste à voir au-delà.
Ce qui importe désormais, ce n’est plus qui remportera la victoire, mais quand le règne de Paul Biya, qui dure depuis plusieurs décennies, prendra fin, et ce qui s’ensuivra. Son règne ne peut durer éternellement : la véritable incertitude réside dans la manière dont il prendra fin et dans ce qui s’ensuivra.
Plusieurs scénarios sont déjà envisageables.
Le premier est la nomination d’un dauphin, choisi pour préserver le statu quo. Le deuxième est l’intervention de l’armée, sous le prétexte falacieux de garantir la stabilité et la sécurité nationale. Le troisième est le plus périlleux : le chaos, alors que la frustration monte, que les manifestations deviennent violentes et que les institutions s’effondrent sous le poids de leur propre délégitimation. Aucun de ces scénarios n’est enviable.
Un seul offre un espoir : une transition anticipée et bien gérée, inclusive et crédible.
Les obstacles sont redoutables. Le conflit anglophone continue de corroder l’unité nationale. La pauvreté et le chômage aggravent le désespoir. Surtout, une élite coupée des réalités populaires se montre peu disposée à s’engager dans des réformes. En plus de tout cela 70 % des Camerounais ont moins de 30 ans, et ils n’ont jamais connu d’autres dirigeants.
Cette réalité démographique reflète celle de l’Afrique dans son ensemble : un continent jeune et impatient qui refuse d’attendre indéfiniment.
Ce qui importe désormais, ce n’est plus de savoir qui revendique la victoire, mais quand prendra fin le règne de Paul Biya, et ce qui suivra.
La jeunesse n’est plus une spectatrice passive. Elle s’est mobilisée autour du vote, a participé à la surveillance des élections et veut être entendue. À quelques heures de l’annonce des résultats, des mobilisations inédites ont secoué le pays, pourtant peu coutumier des manifestations de masse.
À Douala, Yaoundé, Garoua et Maroua, des barricades ont été dressées sur les routes, et les affrontements ont fait au moins 4 morts et plus de 100 arrestations
Cet engagement de la jeunesse représente la meilleure chance de renouveau, la seule garantie contre une succession autoritaire et une rupture violente.
Les élections au Cameroun étaient peut-être prévisibles, mais leurs conséquences ne le sont pas. Pour voir au-delà des urnes, il faut reconnaître que le règne de Biya prendra fin et qu’un seul résultat vaut la peine d’être recherché : une véritable transition démocratique, bien préparée avant qu’il ne soit trop tard.





