Comment se débarrasser d’un dictateur ?

Septembre 2025

COMMENT SE DÉBARASSER D’UN DICTATEUR?

Septembre 2025

Éditos/Points de vue

POINT DE VUE DE SIMON BARRAL

Les Grecs anciens utilisaient le terme Kairos pour décrire le moment opportun, le « bon moment », l’instant décisif où une action doit être entreprise.

Le 24 juin 2023, des fortifications ont été érigées en périphérie de Moscou en réponse à la marche vers la capitale des forces Wagner de Prigozhin. Le monde retenait son souffle, observant ce qui semblait être les derniers instants d’un dictateur. Aujourd’hui, Prigozhin est mort, tandis que Poutine reste au Kremlin, même accueilli avec un tapis rouge par le président américain en Alaska.

Ailleurs, cependant, des dictateurs tels que Ben Ali en Tunisie, Nicolae Ceaușescu en Roumanie, Blaise Compaoré au Burkina Faso et Hosni Moubarak en Égypte ont été destitués par leur propre peuple, sous l’impulsion de personnalités courageuses capables d’organiser, d’unir et de mobiliser les masses de manière à modifier l’équilibre des pouvoirs.

Qu’est-ce qui détermine si un tyran s’accroche au pouvoir ou finit par être renversé ?

Comme l’a souligné Marcel Dirsus dans The Guardian, « afin de rester au pouvoir, les tyrans doivent s’assurer le soutien des personnes fortunées, des élites et des hommes armés, les généraux (…). Payer les élites et acheter la loyauté des généraux coûte cher et nécessite souvent des stratégies qui aliènent le reste de la population ». Par conséquent, « toute sanction générale qui prive le tyran de la possibilité de redistribuer de l’argent aux élites et aux généraux, ainsi que toute mesure qui rend plus difficile l’accès aux armes pouvant être utilisées pour réprimer les manifestants ou aux logiciels de surveillance permettant de contrôler les opposants » contribuent à affaiblir le régime.

Plus important encore, « les Tunisiens et les Roumains ont compris quelque chose de crucial : pour se débarrasser d’un dictateur, il faut diviser le régime. Lorsque les rues sont pleines de monde et que le tyran donne l’ordre d’ouvrir le feu, les loyalistes ont une décision à prendre : vont-ils obéir et tuer leurs propres concitoyens, ou vont-ils refuser ? »

 

Toutes les mesures prises avant, pendant et après ce moment crucial, telles que des menaces crédibles de sanctions, la possibilité d’une sortie en toute sécurité, la promesse d’un gouvernement de transition inclusif après le régime, etc., peuvent être décisives.

Ces facteurs peuvent déterminer si le doigt appuie sur la gâchette, faisant pencher la balance entre un bain de sang et l’aube d’une transition démocratique pacifique.

 

Si l’on considère l’Égypte ou le Burkina Faso dix ans après la chute de leurs dictateurs, la question soulevée par l’article nous amène à la conclusion logique suivante : comment non seulement renverser un dictateur, mais aussi faire en sorte que sa chute donne naissance à une véritable démocratie pluraliste où la liberté d’opinion, la justice et la liberté de la presse constituent de réels contrepoids au pouvoir ?

Quelles priorités un gouvernement de transition doit-il adopter pour que les sacrifices de ceux qui se sont battus pour la liberté aient vraiment un sens ?

 

« La chute d’un dictateur, cependant, souvent le résultat d’une lutte longue, soutenue et courageuse, n’est que le commencement du processus le plus crucial vers la démocratie.« 

Simon Barral

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