Alors que le Congrès a invoqué « l’incapacité morale » pour destituer Dina Boluarte, le véritable tournant se jouait hors de l’hémicycle : celle de manifestations soutenues et organisées qui dictent désormais le tempo du pouvoir à Lima.

Ces dernières semaines, les manifestants sont revenus sur la Plaza San Martín et au-delà, pour dénoncer l’insécurité, la corruption et une classe politique qui remplace les présidents sans jamais s’attaquer aux causes structurelles de la crise.
Le 4 octobre, des milliers de personnes ont défilé à Lima pour exiger la démission de Boluarte. Quelques jours plus tard, une fusillade lors d’un concert a alimenté la colère face à l’incapacité du gouvernement à garantir la sécurité. En quelques heures, le Congrès a invoqué « l’incapacité morale » pour justifier sa destitution, affirmant que l’État était devenu ingouvernable, et José Jerí a été investi. Les manifestations ont préparé le terrain ; la fusillade a précipité la chute.
Cela révèle que depuis 2016, le Pérou est pris dans un cycle de présidences fragiles, minées par la corruption, l’absence de majorité parlementaire et l’usage politique des procédures de destitution.
La rue n’a pas « provoqué » la chute, mais elle a créé le contexte dans lequel une politique de l’« ordre » et des destitutions éclairs prospèrent.
Les manifestations constituent aujourd’hui un pouvoir réel, quoique informel. Si les institutions continuent de faire tomber des présidents sans réformer la police, la justice et les régimes d’exception, la rue continuera de s’imposer en se mobilisant.
Pour les alliés démocratiques, la priorité doit être d’apporter des garanties tangibles en matière de droits de manifester et de reddition de comptes, associées à des réformes sécuritaires qui dépassent Lima.
Sinon, le Pérou continuera de réécrire la distribution des rôles, mais pas le scénario.





